S’il y a bien UN mot dont on nous rebat les oreilles à longueur de temps en ce moment, c’est populisme. On le lit partout, associé à l’extrême-gauche et à l’extrême-droite.

Un électeur français sur deux vote populiste aujourd’hui. Les partis populistes sont en tête des intentions de vote aux prochaines élections (présidentielles, mais suis un peu!)

On sait que c’est pas top-top, que c’est pas très bon signe, que c’est connoté négativement, associé à des hommes vociférant ou à des femmes gesticulant. Mais concrètement, vraiment, ce que c’est, ce que ça implique, pourquoi ça monte…pas certain que toi et moi résistions à une interro surprise sur le sujet. Si tu me lis jusqu’au bout, tu en sauras plus sur l’un des plus grands enjeux politiques de notre temps (admire-moi ce teasing de ouf). Alors, tu restes?

Le populisme, c’est quoi?

Le populisme présente la société de manière simplifiée (pour ne pas dire simpliste). Il oppose deux camps : d’une part, le « peuple » décrit comme homogène, légitime, et pétri de bon sens, et d’autre part, les « élites », qui gouvernent contre l’intérêt du peuple, sont corrompues et illégitimes. En conséquence, le populiste affirme que la politique devrait traduire directement la volonté du peuple.

Pourquoi c’est méga séduisant ?

C’est l’idée qui est séduisante, hein, comprenons-nous, je fantasme pas sur Bardella et encore moins Mélenchon.

En France, pays de la Révolution et des décapiteurs de rois, le populisme séduit. L’idée qu’on rende le pouvoir au peuple, sans intermédiaire, en tout cas avec le moins d’intermédiaires possibles, c’est la promesse pour les gens de reprendre le contrôle, et la création d’un sentiment d’appartenance (eux contre nous).

Surtout, le populisme est hyper reposant et confortable intellectuellement, parce qu’il est construit sur les ressorts suivants :

  • Simplification de problèmes complexes,
  • Désignation de responsables (pratique, ce sont toujours les mêmes),
  • Valorisation du « bon sens populaire » contre l’expertise,
  • Promesse qu’une volonté politique forte suffit à résoudre les problèmes.

En plus, être populiste, c’est un peu être transgressif, un peu underground, quoi. La brutalité, la provocation sont vus comme des preuves d’authenticité (Il/elle dit ce que personne n’ose dire/ce que tout le monde pense tout bas – je hais cette phrase).

Pourquoi le populisme monte ?

La France est un fruit mûr pour le populisme. Les acteurs populistes n’ont qu’à se baisser pour le ramasser. C’est dû à des facteurs propres à notre pays, et à des facteurs mondiaux :

Un globe terrestre sur un fond urbain, avec des reflets sur l'eau, représentant un environnement futuriste.

Les crises à répétition : Attentats, pandémies, guerres, catastrophes climatiques, crises migratoires, inflation…Ouhloulou, on vit une époque for-mi-dable. Le monde fout les jetons, et personne ne semble à la hauteur des enjeux. Ça fout encore plus les jetons.

La mondialisation et la complexité du monde : les marchés financiers, les multinationales, le fonctionnement des institutions internationales…t’y capte quelque chose toi? Moi qui n’ai aucune culture éco et qui suis plus souvent occupée à lire des romans qui retracent des sagas familiales ou des amours tragiques, j’y capte pas grand chose, je te le dis. Tous ces machins me semblent fonctionner et décisionner loooooooin de moi (de nous).

Le sentiment de déclassement : Les français tirent la langue et tirent la tronche. Ils sont inquiets (on les comprend). Faut dire qu’ils galèrent (logement, pouvoir d’achat, inquiétudes pour l’avenir, perte de perspectives pour leurs enfants -que diable vont-ils foutre de leur vie avec l’IA et les canicules ?). Ambiance de ouf, dans notre pays.

La défiance envers les politiques et les institutions : tous pourris, tous les mêmes, y’en a pas un qu’a pas piqué dans la caisse, les élections ça sert à rien, les consultations citoyennes ils se les foutent au fiac…le terrain nec plus ultra pour que les discours anti-système prospèrent.

La fragmentation de l’espace médiatique : réseaux sociaux et chaînes d’opinion type CNews sont tout indiqués pour faciliter la circulation des informations qui suscitent la colère, la peur ou l’indignation.

Qui est de droite? Qui est de gauche? On sait plus vraiment. Les électeurs sont plus girouettes qu’auparavant. Ils peuvent être à gauche toute sur l’économie et à fond à droite sur l’immigration. C’est poreux et ça fait effet patchwork (mais patchwork pas beau, hein).

Pourquoi y a-t-il porosité entre les électeurs populistes de droite et de gauche?

La première fois que j’ai pris conscience de cette porosité, c’était en 2021. Je dînais avec avec une ex-copine que j’avais vue se radicaliser peu à peu. Elle m’a sorti, entre une gorgée de Perrier et un bout d’hamburger : Moi, si Macron passe au 2nd tour contre Le Pen, je voterai Le Pen.

Alors qu’elle est d’extrême-gauche. Ou de la gauche radicale, c’est selon.

Après avoir failli m’étouffer avec une frite, j’ai tenté de lui faire préciser sa pensée (en me disant que décidément, c’était sûrement la dernière fois qu’on trinquait ensemble). Naïvement, je pensais que l’extrême-gauche et l’extrême-droite étaient, plus que des adversaires, des ennemis jurés (ce sont d’ailleurs les 2 partis qui affichent le plus haut taux de détestation mutuelle. Leur détestation nourrit la polarisation, qui elle-même fragilise le dialogue démocratique).

Comment diantre peut-il exister des passerelles électorales entre des formations si idéologiquement opposées?

Et bien la passerelle s’appelle le populisme. C’est le dénominateur commun. Quand le vote devient un vote contre, un vote pour faire tomber, pour punir, pour emmerder, parce que les autres sont pires, un vote de stratégie « toute sauf… »…les clivages s’effondrent et la mobilité électorale devient possible. Ça ne veut pas dire pour autant que l’électeur change d’idéologie. Ça veut simplement dire que le rejet du système devient plus important que les convictions.

Et pourquoi qu’c’est dangereux?

Alors attention, le populisme n’est pas dangereux parce qu’il critique les élites. Ces critiques peuvent être parfaitement justifiées et franchement, y’a des fois où on a envie de crier Bah ch’est ben vrai, ça! 

Non, le populisme est dangereux quand il fragilise les règles démocratiques et les contre-pouvoirs.

Des mains levées en signe de solidarité lors d'une manifestation, avec un mégaphone visible en arrière-plan.

Par exemple, quand un parti affirme représenter le vrai peuple, la tentation est grande de faire de tous ceux qui ne pensent pas comme eux des traîtres à la Nation.

Avec le « eux contre nous », ça devient tour de suite plus compliqué pour faire des com-pro-mis. Or, le compromis est l’une des bases du bon fonctionnement du couple de la démocratie.

Le populisme aime attaquer les contre-pouvoirs. Il aime pas trop trop les médias modérés, la justice, les autorités indépendantes…et a tendance à les dépeindre comme des obstacles à la Volonté. Du. Peuple.

Le populisme ne goûte pas, mais alors pas du tout la nuance. Il préfère faire croire que tout se réglera à coup d’interdiction du voile (idée brillante d’extrême-droite) ou de déploiement d’un porte-avion en Amérique (idée brillante d’extrême-gauche). C’est si simple. Ou alors, un petit référendum – en s’asseyant parfois au passage sur la constitution et l’Etat de droit – et hop tout est réglé, puisque le peuple a toujours raison. Y’a que ceux d’en haut qui empêchent de régler les problèmes.

Mais kékon peut faire ?

Bah individuellement, pas grand chose, mon/ma pauvre. Tu vas évidemment pas inverser le changement climatique ni relever le parc de logements à toi seul(e).

Mais tu peux quand-même faire quelque trucs pour lutter contre la montée des populismes (si, je t’assure, n’écoute pas les esprits chagrins). Ce qui est bien c’est qu’à force c’est globalement les mêmes réflexes que tu retrouves :

Tu peux par exemple discuter avec des gens qui ont des opinions un peu ou franchement radicales, pour tenter de remettre un peu de nuance dans tout ce merdier (la fameuse question Pourquoi tu crois ça? et hop, auto promo, ahahah).

Voter pour des partis qui reconnaissent qu’ils ne règleront pas tous les blèmes de cette pauvre France mais proposent des solutions plausibles et mesurables.

T’informer via les bons canaux pour développer ton esprit critique et ne pas céder au chant des sirènes (et là, on a tous l’image de Matt Damon/Ulysse hurlant attaché à son misérable mât de navire). Je ne résiste pas à te faire suivre cette parfaite allégorie de la résistance au populisme :

Défendre les principes démocratiques. Ne jamais tortiller du fion lorsqu’il s’agit d’Etat de droit, de respect des règles du jeu démocratique et de la remise en cause des droits fondamentaux. On sait tous où les compromissions nous mènent. Si, on sait. On a déjà essayé (ou d’autres ont déjà essayé pour nous).

Trèèèès important : n’oublie JAMAIS que les populismes ne cachent pas les mêmes idéologies. Qu’il y a des idéologies plus funestes que d’autres. Qu’il y a des programmes qui puent à plein nez la réduction des libertés. T’as un doute?

Repère-toi à l’odeur nauséabonde de la haine.

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